Le Blog de Charles Kabuya

ALLIANCE DU FLEUVE CONGO : IN NOMINE VENENUM (Dans le nom se trouve le venin)

 

Les dénominations des mouvements politiques renvoient généralement à leur philosophie/vision politique ou à leurs programmes. 

En Occident, on distingue globalement les partis de la gauche, du centre et de la droite (avec des variations jusqu'aux extrêmes)

En Afrique, singulièrement en RDC, le clientélisme a toujours pris le pas sur les convictions politiques, au point que les dénominations et les credos politiques sont vidés de leur sens.

 

Cependant, certains mouvements politiques ont eu des dénominations en rapport avec des objectifs politiques.

Il en fut ainsi du MNC (Mouvement national congolais de Lumumba), qui affichait son combat nationaliste, tandis que l’Abako (Alliance des Bakongo) ou la Conakat (Confédération des associations tribales du Katanga) annonçaient leurs luttes premières pour les intérêts ethnico-régionaux. D'ailleurs la Conakat de Moïse Tshombe franchira le pas de la sécession du Katanga quelques jours après l'indépendance.

Finalement Mobutu maintint l'unité du pays sur le modèle centralisé avec un parti unique inspiré des mouvements révolutionnaires, dénommé MPR (Mouvement populaire de la révolution).

 

Le tout premier parti d'opposition de l'ère Mobutu, qui naquit en février 1982 par dissidence du parti unique, L'UDPS, portait dans sa dénomination une rupture avec la dictature en cours à l'époque et un espoir pour le peuple (Union pour la démocratie et le progrès social).

 

Enfin, le mouvement qui causa la chute de Mobutu par les armes, l’Afdl portait également ses objectifs dans sa dénomination (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). On y retrouve l'allusion à la démocratie contre la dictature de Mobutu et l'objectif de prendre le pouvoir (libération par la lutte armée).

 

Le terme “Alliance” est ici également significatif, car il précise qu'il s'agissait d'une convergence d'intérêts entre plusieurs mouvements politiques, notamment le Parti populaire de LD Kabila, les Banyamulenge, les composantes représentées par Kisase et Masasu, auxquels il faut ajouter les intérêts rwando-ougandais.

 

Aujourd'hui, on a vu surgir un autre mouvement politique, apparu sur le même schéma, dans la même région et ayant un parrainage similaire avec l'Afdl. Et surtout, il porte dans sa dénomination le terme Alliance. Ce qui présuppose encore une alliance d'intérêts.

 

Mais si le mariage entre l’Alliance du fleuve Congo et le M23 (dont on sait qu'il est l'instrument du Rwanda) a été publiquement officialisé, on peut se demander jusqu'où va la convergence des intérêts.

Qu'attend “l'actionnaire” Rwanda en retour ?

Kagame va-t-il se contenter des promesses, lui qui se sentit floué par LD Kabila, et qui reproche à Félix Tshisekedi de n'avoir pas donné suite à ses désidératas ?

 

Pour revenir sur la dénomination, à la différence de l'Afdl qui mentionnait la “libération du Congo”, l’AFC ne mentionne ni ses objectifs, NI LE CONGO. À la place, il est question du “fleuve Congo".

Et en se référant au fleuve Congo, au lieu du pays Congo, on se projette dans une abstraction du pays en tant qu'entité souveraine.

 

Il est ici important de se méfier de la sémantique de cette dénomination. Elle peut cacher des desseins inavouables sur l'unité administrative du pays, ce qui pourrait éventuellement répondre aux attentes de Kagame et celles d'autres intérêts obscurs. Certains discours séparatistes entendus ça et là autour des forces politiques qui soutiennent ce mouvement sont à ce sujet alarmants.

 

Le fleuve Congo est le trait d'union du pays, la colonne vertébrale du Congo, comme disent les historiens. 

Gare à ceux qui auraient le dessein d'en faire un simple trait de convergence d'intérêts entre entités éparses.

 

L'unité du Congo est une forteresse

inexpugnable.

 

Charles Kabuya



31/03/2025
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