RDC - RWANDA : L'INITIATIVE ANGOLAISE RÉVÈLE UNE NOUVELLE DONNE
Depuis la résurgence du M23 il y a bientôt trois ans, la RDC n'a eu de cesse de dénoncer l'instrumentalisation de ce groupe armé par le Rwanda, chose qui est depuis longtemps avérée.
Après la prise de Bunagana et des zones minières de Rubaya, le front est resté globalement figé, avec des incursions des rebelles dans les territoires de Masisi et de Nyiragongo, et même dans le Lubero, mais tout cela sans conquêtes territoriales significatives.
Pour le pouvoir congolais, la ligne rouge à ne pas franchir était la ville de Goma. Afin d'assurer sa défense, l'armée a été renforcée, des investissements conséquents ont été faits en armement et en logistique, et même en instructeurs et combattants étrangers.
En même temps, malgré cette agression meurtrière qui a conduit des centaines de milliers de civils dans des camps de déplacés, la RDC est restée engagée dans les processus de paix de Nairobi et de Luanda. Le premier devait réunir le gouvernement congolais et tous les groupes armés, le M23 compris ; tandis que le second devait permettre un règlement de la crise entre Kigali et Kinshasa.
Mais, comme à son habitude, Kagame a multiplié les dérobades, tout en se défaussant sur le M23, alors que ce groupe armé n'était pas concerné par le processus de Luanda.
La soudaine offensive rebelle, soutenue par un déploiement massif des troupes rwandaises, a fait sauter le verrou de Sake et pris en tenaille l'armée congolaise avec un débordement vers Minova. Ce revers a fait s'écrouler “la ligne Maginot” congolaise et précipité la chute de Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu, suivie quelques jours après par celle de Bukavu, chef-lieu du Sud Kivu.
On peut estimer que dans un contexte où le pouvoir rwandais bénéficie des bonnes grâces de l'Union européenne, en particulier du soutien de la France, et à la faveur du moment de flottement de la politique américaine après l'investiture d'un nouveau président aux Etats Unis, Paul Kagame a vu une opportunité de frapper un grand coup.
Ce, d'autant que le M23 s'est révélé être l'arbre qui cache une vaste conspiration revancharde de certains hommes politiques congolais dans le but de s'emparer du pouvoir par les armes.
Une alliance d'intérêts entre Kagame, qui voudrait avoir une mainmise sur la RDC pour continuer de piller ses ressources naturelles et “punir” un président congolais très vindicatif à son égard, et des hommes politiques congolais prêts à tout pour prendre (ou reprendre) le pouvoir, voilà ce que fait apparaître la coalition AFC/M23.
Ainsi la prise des territoires serait le moyen de s'inviter par la force à la table des négociations, de poser ses conditions et de formuler ses exigences, à défaut de pouvoir conquérir tout le pays. Tandis que pour les parrains, cette désorganisation administrative de la RDC permet de continuer d'exploiter illégalement les minerais à l'abri des indiscrétions.
Sauf que ces conquêtes territoriales se sont révélées être des “victoires à la pyrrhus".
En effet, le pouvoir rwandais y a dilapidé sa réputation en perdant la guerre médiatique.
Le narratif auquel il s'est toujours accroché en mettant en avant une menace sur la sécurité du Rwanda et en invoquant fallacieusement des problèmes internes à la RDC ne tient plus.
L'opinion internationale est choquée par les actions du régime rwandais sur le territoire congolais, des personnalités influentes continuent à le condamner. Et pour la première fois un proche de Kagame et général 4 étoiles de son armée, James Kabarebe, a été sanctionné par les USA. C'est un message fort qui lui a été adressé, tout comme les sanctions prises par l'Allemagne, la Belgique, la Suède ou encore le Royaume-Uni, un allié de longue date du régime rwandais.
Malgré la montée au créneau de Kagame lui-même, qui a multiplié les interviews justificatives, et les efforts de son armée numérique, la tendance n'a pas été inversée.
Par ailleurs, des pressions sont exercées pour l'annulation des partenariats dans le domaine des sports et des évènements internationaux à Kigali.
Cette perte de crédit à l'international n'est pas un fait négligeable pour un pouvoir qui compte sur des aides financières pour boucler le budget du pays.
Elle est de nature à pousser Kagame à se mettre en retrait par rapport à la problématique congolaise (qu'il a contribué à instaurer pour ses intérêts) et à dissimuler de manière plus élaborée son appui aux velléités expansionnistes de l’AFC/M23.
Ceci afin d'éviter que quand les rebelles attaquent, ce soit le Rwanda qui prend des coups.
De ce point de vue, l'initiative angolaise pourrait être analysée comme un raccourci dans la recherche d'une solution de paix, étant donné que le protagoniste principal ne souhaiterait plus jouer les premiers rôles, ni être au devant de la scène…
Charles Kabuya
Inscrivez-vous au blog
Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour
Rejoignez les 141 autres membres